Sucre et hormones : comment les femmes sont impactées
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Pourquoi as-tu envie de sucre ? Le lien hormone-sucre enfin décrypté
Pourquoi as-tu soudainement envie de sucre avant tes règles ? Pourquoi une journée stressante suffit-elle à déclencher une envie de grignotage incontrôlable ? Ce n’est pas qu’une question de métabolisme ou de besoin énergétique.
Les envies de sucre sont souvent le reflet de mécanismes hormonaux, émotionnels et métaboliques bien réels.
Cycle menstruel, grossesse, ménopause, syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), stress… autant de situations qui peuvent perturber la régulation de ta glycémie et influencer ton comportement alimentaire. Ces déséquilibres hormonaux agissent sur des hormones impliquées dans l’appétit, la gestion du stress ou la régulation du sucre dans le sang.
Mais ils ne sont pas seuls en cause : un manque de sommeil, des repas sautés ou une journée à 100 à l’heure peuvent, eux aussi, déclencher des envies de sucre.
Connaître ces mécanismes, c’est déjà mieux comprendre ce qui se passe dans ton corps. Et si ces envies sucrées étaient simplement le reflet d’un nouvel équilibre à trouver ?
On t’explique tout.
I- Les hormones impliquées dans les envies de sucre chez les femmes
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II- Syndrome prémenstruel (SPM), stress et envie de sucre : quand les hormones s’en mêlent
Avant tes règles, tu te sens plus irritable, plus fatiguée… et tu as souvent envie de sucre ? Ce n’est pas une coïncidence. Le syndrome prémenstruel (SPM) s’accompagne de fluctuations hormonales qui peuvent influencer ta sensibilité à l’insuline et perturber certains neurotransmetteurs impliqués dans la régulation de l’appétit, comme la sérotonine.
La sérotonine intervient dans plusieurs fonctions clés : elle régule l’humeur, le sommeil, l’appétit, et joue un rôle dans la sensation de satiété. Lorsqu’elle chute, cela peut entraîner une baisse de moral, une hypersensibilité émotionnelle et une appétence plus forte pour les aliments sucrés, qui permettent temporairement de compenser ce déficit.
Résultat : ton humeur change, ton énergie baisse… et ton envie de sucre augmente.
III- Qu’est-ce que le SPM exactement ?
Le syndrome prémenstruel, ou SPM, correspond à un ensemble de symptômes physiques et émotionnels qui apparaissent généralement dans la phase lutéale du cycle menstruel, c’est-à-dire dans les 10 à 14 jours avant les règles. Cette période se caractérise par une baisse progressive des hormones œstrogènes et progestérone, ce qui provoque également une chute du taux de sérotonine, le neurotransmetteur du bien-être¹. Cette chute de sérotonine est susceptible d’entraîner une baisse de moral, une irritabilité, une sensation de fatigue ou une anxiété accrue.
Mais un autre acteur entre aussi en jeu : la dopamine. Ce neurotransmetteur, impliqué dans le circuit de la récompense, influence notre motivation et notre perception du plaisir. Bien que ses niveaux ne soient pas directement liés aux fluctuations hormonales du cycle, son action devient plus marquée lorsque le cerveau cherche du réconfort, en particulier via des aliments sucrés.
Dans ces moments-là, le sucre devient un « raccourci émotionnel » : il stimule rapidement la libération de sérotonine, liée à la sensation de bien-être², et active aussi celle de dopamine qui renforce l’effet de récompense. Un petit geste qui peut se transformer en réflexe, parfois difficile à freiner !
a- Le sucre : un (faux) allié de la sérotonine
Comment expliques-tu que le sucre te procure un soulagement immédiat ? Il y a un effet neurochimique derrière cela. Le sucre facilite l’entrée du tryptophane dans le cerveau, ce qui stimule à son tour la production de sérotonine et procure un effet apaisant à court terme³.
Ce mécanisme n’est ni durable, ni optimal. Car plus ton cerveau associe le sucre à une récompense émotionnelle, plus il va te pousser à répéter ce comportement, surtout lors de périodes de “vulnérabilité hormonale”.
b- Quand le stress amplifie le phénomène
Ajoute à cela le stress (surcharge mentale, fatigue chronique, imprévus du quotidien) et ton envie de sucre s’emballe. Pourquoi ? Parce que le cortisol, hormone du stress, entraîne une élévation temporaire de la glycémie, provoquant une sécrétion d’insuline qui fait chuter la glycémie. Et cette chute est perçue par le corps comme un signal d’urgence : il te pousse à manger du sucre pour “recharger” rapidement⁴.

c- Le cerveau des femmes, plus réactif aux aliments sucrés ?
En période de stress, le cerveau féminin réagit plus fortement aux aliments sucrés, avec une activation accrue des circuits de la récompense liés à la dopamine.
En revanche, pendant la phase lutéale du cycle menstruel, l’augmentation de la consommation de sucre semble plutôt liée aux variations hormonales. Le British Journal of Nutrition¹⁰ rapporte que les femmes ressentent une envie plus marquée pour le sucre à ce moment-là du cycle, comparé à la phase folliculaire. Un effet qui s’explique directement par les fluctuations hormonales.
Il y aurait donc un double effet : le stress agit via la dopamine et le circuit de la récompense, tandis que les fluctuations hormonales de la phase lutéale favorisent elles-mêmes une plus grande attirance pour le sucré.
IV- Ménopause et glycémie : comprendre les effets croisés
La ménopause ne bouleverse pas seulement le cycle hormonal. La chute des œstrogènes joue un rôle central : ces hormones contribuent habituellement à maintenir une bonne sensibilité à l’insuline et à réguler la répartition des graisses. Elles participent aussi à la modulation de certains neurotransmetteurs qui influencent l’appétit et la relation au sucre¹¹. Leur baisse entraîne donc une cascade de changements métaboliques, qui peuvent expliquer pourquoi certaines femmes ressentent davantage d’envies sucrées à cette période de leur vie.
a- Baisse des œstrogènes et sensibilité à l’insuline
L’un des effets les plus marquants de la chute des œstrogènes est la réduction de la sensibilité à l’insuline. En d’autres termes, les cellules de l’organisme deviennent moins efficaces pour capter le sucre présent dans le sang. Ce dernier y reste plus longtemps, rendant les pics de glycémie plus importants.
Lorsque l’alimentation est riche en sucres rapides et pauvre en fibres, ce déséquilibre est amplifié. Avec le temps, ce phénomène peut même favoriser l’apparition d’une résistance à l’insuline. Ce trouble métabolique est reconnu comme un facteur de risque majeur du diabète de type 2, et peut apparaître insidieusement, sans symptômes au départ.
b- Prise de poids abdominale
Autre changement souvent observé après la ménopause : la redistribution des graisses, notamment autour de l’abdomen. Ce n’est pas un hasard. Une étude publiée dans eBioMedicine¹² a mis en évidence que les femmes ménopausées présentent en moyenne une masse grasse abdominale plus importante que celles qui n’ont pas encore traversé cette étape.
Cette transformation est directement liée à la baisse des œstrogènes, qui modifie les signaux de stockage des graisses. Le corps, en l’absence de ces hormones, tend à privilégier un stockage viscéral, c’est-à-dire en profondeur, autour des organes internes, plutôt qu’en surface, sous la peau.
Ce type de graisse, dite viscérale, est plus « active » que la graisse sous-cutanée. Elle produit des substances pro-inflammatoires qui perturbent de nombreux équilibres, dont ceux liés à l’insuline et au glucose. Elle est également associée à une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires et métaboliques, en particulier lorsque l’hygiène de vie est déséquilibrée, que ce soit par une alimentation trop sucrée ou un manque d’activité physique.
c- Troubles du sommeil et de l’humeur
Après la ménopause, il est courant de rencontrer des troubles du sommeil, comme des réveils nocturnes, des difficultés à s’endormir ou une augmentation de l’anxiété. Un sommeil de mauvaise qualité agit directement sur les hormones de la faim : il fait grimper la ghréline (qui stimule l’appétit) et baisser la leptine (qui signale la satiété)⁵.
L’organisme réclame alors plus d’énergie, souvent sous forme d’aliments sucrés, et mobilise moins efficacement les graisses. À long terme, ce déséquilibre peut favoriser la prise de poids, en particulier au niveau abdominal.
d- Envie de sucres et régulation de l’appétit
Face à ces bouleversements hormonaux et émotionnels, l’attirance pour les aliments sucrés peut devenir plus fréquente. Une étude publiée dans The Lancet⁶ a d’ailleurs observé que les femmes ménopausées consomment en moyenne 12 % de sucre en plus que les femmes préménopausées : un écart qui pourrait s’expliquer par une régulation de l’appétit moins efficace, notamment en lien avec les variations hormonales.
V- Sucre et grossesse
Pendant la grossesse, le corps se transforme pour accueillir un bébé… mais aussi pour s’adapter à de nouveaux besoins énergétiques. Ces changements hormonaux et métaboliques peuvent parfois accentuer les envies de sucre à certaines périodes clés.
Cela ne signifie pas que toutes les envies sont problématiques. Mais dans certains cas, elles peuvent être le reflet d’un déséquilibre glycémique sous-jacent, qu’il est utile de repérer pour mieux y répondre.
a- Premier trimestre : quand les envie de sucre se font plus présentes
Dans les premières semaines de grossesse, il est fréquent de ressentir plus d’envies de sucre, notamment en fin de matinée ou dans l’après-midi. Ces envies peuvent être liées à plusieurs facteurs combinés :
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Mais aussi aux modifications hormonales. La progestérone et la hCG, en particulier, influencent ton appétit et peuvent renforcer ton attirance pour les aliments sucrés⁷.
Dans ces moments-là, le corps peut chercher un apport énergétique rapide, et les aliments sucrés te semblent réconfortants. Ce type de réponse est tout à fait compréhensible.
Cependant, une consommation régulière de sucres rapides peut entraîner des fluctuations de la glycémie : montée rapide, puis baisse soudaine, parfois accompagnée de fatigue ou de nouvelles fringales.
b- Deuxième et troisième trimestres : l’intérêt de limiter le risque de diabète gestationnel
À partir du deuxième trimestre, sous l’effet des hormones placentaires (notamment l’hormone lactogène placentaire ou “hPL”), le corps devient naturellement moins sensible à l’insuline. Cette résistance à l’insuline physiologique est normale, mais chez certaines femmes, elle peut être amplifiée, entraînant un diabète gestationnel. Celui-ci est souvent détecté entre la 24e et la 28e semaine de grossesse⁸.
Dans ce contexte, la régulation de la glycémie peut devenir un peu plus sensible. L’organisme gère moins efficacement l’absorption du glucose, ce qui peut favoriser une légère élévation du taux de sucre dans le sang. D’où l’importance d’adopter une alimentation adaptée, afin de soutenir au mieux la santé de la future maman… et celle du bébé.
N’hésite pas à poser toutes tes questions à ton médecin ou à ta sage-femme : ils sont là pour t’accompagner, te rassurer et t’aider à ajuster ton alimentation si besoin, en fonction de ton suivi de grossesse.
VI- Pulsions sucrées et hormones : comment mieux vivre avec ?
- Ne saute pas de repas aux moments sensibles (SPM, grossesse, ménopause) : un repas complet et régulier aide à stabiliser la glycémie, surtout quand l’action de l’insuline est moins efficace.
- Fais le plein de fibres et de protéines : elles ralentissent l’absorption du sucre et soutiennent la régulation hormonale (insuline, leptine, sérotonine).
- Bouge régulièrement : l’activité physique, même modérée (marche, yoga, danse…), réduit le cortisol, augmente la sensibilité à l’insuline et stimule naturellement sérotonine et dopamine.
- Adapte ton alimentation aux phases hormonales : par exemple, privilégie le tryptophane (œufs, avoine, légumineuses) en période prémenstruelle ou lors de fatigue, pour soutenir la production de sérotonine.
Plus d’informations pour comprendre comment gérer ses pulsions sucrées
Sources
1- Springer – Hormonal regulation of food cravings: focus on female-specific mechanisms
https://link.springer.com/article/10.1007/s43032-024-01740-3
2- PubMed – Effects of carbohydrates on brain tryptophan uptake and serotonin synthesis
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17543357/
3- PubMed – Effects of carbohydrates on brain tryptophan uptake and serotonin synthesis
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17543357/ (doublon cité volontairement)
4- ScienceDirect – Cortisol and sugar cravings: metabolic consequences and behavioral outcomes
https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1538544222000566
5- Springer – Endocrine changes in pregnancy and their impact on glucose metabolism
https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-031-92060-8_12
6- The Lancet / eBioMedicine – Visceral fat and insulin resistance in postmenopausal women
https://www.thelancet.com/journals/ebiom/article/PIIS2352-3964(22)00485-6/fulltext
7- Janitri – Managing food cravings during pregnancy
https://www.janitri.in/resources/vaarta-for-hospitals/blog/managing-food-cravings-during-pregnancy
8- MSD Manuels – Diabète pendant la grossesse
https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/probl%C3%A8mes-de-sant%C3%A9-de-la-femme/grossesse-compliqu%C3%A9e-par-la-maladie/diab%C3%A8te-pendant-la-grossesse
9- ScienceDirect – Premenstrual syndrome and premenstrual dysphoric disorder in adolescentsPremenstrual syndrome and premenstrual dysphoric disorder in adolescents – ScienceDirect
10- British journal of Nutrition – Resting energy metabolism and sweet taste preference during the menstrual cycle in healthy women
11- PubMed – Sex hormones, appetite and eating behaviour in women Sex hormones, appetite and eating behaviour in women – PubMed
12 – eBioMedicine – Menopause is associated with postprandial metabolism, metabolic health and lifestyle: The ZOE PREDICT study Menopause is associated with postprandial metabolism, metabolic health and lifestyle: The ZOE PREDICT study – eBioMedicine


